POÉSIE

François de MALHERBE

1555 – 1628

Consolation à M du Périer, gentilhomme d’Aix-en-Provence, sur la mort de sa fille.

M du Périer était un ami du poète et il venait de perdre une enfant de 5 ans.

Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,

Et les tristes discours

Que te met en l’esprit l’amitié paternelle

L’augmenteront toujours

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n’ai pas entrepris,

Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin ;

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L’espace d’un matin.

Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,

Elle aurait obtenu

D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,

Qu’en fût-il advenu?

Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste

Elle eût eu plus d’accueil ?

Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque

Ote l’âme du corps,

L’âge s’évanouit au deçà de la barque,

Et ne suit point les morts…

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;

On a beau la prier,

La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois ;

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N’en défend point nos rois.

De murmurer contre elle, et perdre patience,

Il est mal à propos ;

Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science

Qui nous met en repos.

Pierre de RONSARD

1524 – 1585

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avoit desclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu ceste vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ses beautez laissé cheoir !

Ô vrayment marastre Nature,

Puis qu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vostre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fleur la vieillesse

Fera ternir vostre beauté.