
Marceline Desbordes-Valmore
Qu’en avez-vous fait
Vous aviez mon cœur,
Moi, j’avais le vôtre :
Un cœur pour un cœur ;
Bonheur pour bonheur !
Le vôtre est rendu,
Je n’en ai plus d’autre,
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !
La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L’encens, la couleur :
Qu’en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu’en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?
Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,
Vous me laissez là,
Dans ma vie amère ;
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !
Savez-vous qu’un jour
L’homme est seul au monde ?
Savez-vous qu’un jour
Il revoit l’amour ?
Vous appellerez,
Sans qu’on vous réponde ;
Vous appellerez,
Et vous songerez !…
Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte ;
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant.
Et l’on vous dira :
« Personne !… elle est morte. »
On vous le dira ;
Mais qui vous plaindra ?

Marceline Desbordes-Valmore
La séparation
Il le faut, je renonce à toi ;
On le veut, je brise ta chaîne.
Je te rends tes serments, ta foi :
Sois heureux, quitte-moi sans peine.
Séparons-nous… attends, hélas !
Mon cœur encor ne se rend pas !
Toi qui fus mes seules amours,
Le charme unique de ma vie,
Une autre fera tes beaux jours,
Et je le verrai sans envie.
Séparons-nous… attends, hélas !
Mon cœur encor ne se rend pas.
Reprends-le ce portrait charmant
Où l’amour a caché ses armes ;
On n’y verra plus ton serment,
Il est effacé par mes larmes !
Séparons-nous… attends, hélas !
Mon cœur encor ne se rend pas.
Auguste Angellier
Je renonce à toi
Par nos premiers regards sous les verts marronniers,
Par nos premiers aveux dont mon cœur encor tremble,
Par nos premiers baisers, et ces baisers derniers
Où notre amour passé pour mourir se rassemble ;
Par les sentiers, les bois, les coteaux, les glaciers.
Par les plages des mers qui nous ont vus ensemble,
Par tant d’instants profonds et de jours familiers
Qui font que mon esprit à ton esprit ressemble ;
Par ce rayon qui vient animer sur sa croix
Ce Dieu de la souffrance humaine auquel tu crois,
Et par mon honneur d’homme, ô chère âme, je jure
Que je t’aime, que ma tendresse est grande et pure,
Que l’angoisse sans fond de ce soir la mesure,
Et que c’est par amour que je renonce à toi !
